Quand l'engouement autour des commémorations s'estompera...

par Anne Email

...que restera-t-il ?

En cette veille du 90e anniversaire de la fin de la guerre 14-18, il n'est pas une radio, pas une télé, pas un journal qui n'y fasse allusion. Mais demain ?

Les nécropoles françaises de la Somme seront toujours aussi peu visitées et le secteur lui-même, s'il n'y avait les Britanniques, presque ignoré.

Car dans la Somme, avant l'arrivée de leurs amis britanniques en 1915, les soldats français se battaient déjà. Seulement on y mourrait moins et dans des circonstances aujourd'hui tellement peu « médiatiques » !

Et ces dizaines de soldats bretons (*), dont on sait pertinemment qu'ils reposent toujours dans le sol de La Boisselle, attendront encore et encore qu'on vienne les libérer de leur gangue de terre pour leur offrir une sépulture décente.

Ailleurs sur le front, de la Belgique aux Dolomites, de ceux qui ont perdu la vie dans ces petites batailles dont on parle si peu, voire jamais, parce qu'elles se sont livrées sur des fronts que l'on disait "calmes"; qui se souviendra ?

Enfin qui s'inquiètera un jour qu'à l'occasion de tel ou tel grand chantier il arrive même qu'on néglige les corps des soldats que l'on retrouve au cours des travaux ?

Demain le voile de l'indifférence retombera et on oubliera...

« C'est vrai, on oubliera. Oh ! je sais bien, c'est odieux, c'est cruel, mais pourquoi s'indigner : c'est humain...Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l'eau limpide dort sur un lit de bourbe, le coeur de l'homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond.

On oubliera. Les voiles du deuil comme les feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le coeur consolé de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois. »

Roland Dorgelès « Les Croix de Bois »1919 (extrait du chapitre XVII)

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(*) Mise à jour du 27/02/2009 : Ils seraient au nombre de 80 !

2 commentaires

Commentaire de: marie-claire [Visiteur] · http://chezminouche.skynetblogs.be/
Bonjour
nous ne les oublierons jamais, ils restent dans nos mémoires même si on en parle pas tous les jours, mon grand-père y était et il a aussi subit celle de 40, grâce à eux nous sommes libres, et qu'en fait-on ???
Bisous à toi, ton blog est super intéressant j'aime m'y promener
11.11.08 @ 14:19
Commentaire de: Dupont [Visiteur] Email
Je suis originaire de carnières et plus particulièrement de Collarmont ou s'est déroulée une bataille le 22/8/1914.
Lorsque j'étais gamin, je me souviens que chaque année il y avait une cérémonie au cimetière militaire français, mon voisin était d'ailleurs un poilu qui avait été blessé à cette bataille, soigné au couvent à Carnières il y avait rencontré l'âme soeur. Il s'agissait de René Parisot et son épouse Ida Paul qui l'avait soigné .

Une autre anecdote est celle vécue par ma grand-mère Marie Wasterlain, elle habitait à la rue Rosière 19 à Collarmont, mon papa était né en mars 1914 et donc lorsque la bataille commença ma grand-mère partit avec mon papa, ils se cachèrent dans une cave.Ma grand mère racontait que mon papa n'avait jamais pleuré ce qui leur avaient sauvé la vie car les soldats allemands avinés se trouvaient au dessus d'eux l'endroit ou ils se trouvaient étant un estaminet.

A son retour, sa maison était devenue l'infirmerie, il y avait des blessés et des morts partout.

Elle racontait souvent l'histoire du Lieutenant Mouilleron qui avait vaincu dans un duel à l'épée un officier allemand, les teutons se ruant sur lui pour le tuer à la baïonette. Mouilleron était décédé sur une botte de paille dans la cour, l'officier allemand décéda dans la lit de ma grand mère qu'il avait d'ailleurs défoncé tant il était agité dans son agonie. Ma grand mère avait récupéré un chapelet du Lieutenant Mouilleron qui a d'ailleurs été remis à son fils en 1964 si mes souvenirs sont bons. Ma grand mère était née en 1892, mais elle racontait trés souvent ct épisode elle avait d'ailleurs été interrogée par le Général Gierts auteur d'un recueil sur la bataille de Collarmont.
17.11.08 @ 13:53

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