{"id":585,"date":"2010-03-01T10:58:31","date_gmt":"2010-03-01T09:58:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.photoethistoire.eu\/14-18\/?p=585"},"modified":"2016-05-20T09:04:58","modified_gmt":"2016-05-20T08:04:58","slug":"je-vous-ecris-du-front","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.photoethistoire.eu\/14-18\/2010\/03\/je-vous-ecris-du-front\/","title":{"rendered":"Je vous \u00e9cris du front&#8230;"},"content":{"rendered":"<div class=\"image_block\"><a href=\"http:\/\/www.photoethistoire.eu\/blogs\/media\/blogs\/a\/cartesphotos\/correspd5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.photoethistoire.eu\/blogs\/media\/blogs\/a\/cartesphotos\/correspd5.jpg\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"168\" \/><\/a><\/div>\n<p>Pour les soldats la correspondance \u00e9tait capitale car c&rsquo;est ce fil t\u00e9nu qui les reliaient avec l&rsquo;arri\u00e8re et les leurs. Elle leur permettait, le temps d&rsquo;une missive ou d&rsquo;une carte-postale, de s&rsquo;\u00e9vader des tranch\u00e9es.<\/p>\n<p>Le soldat dont il est question ici parlait sans doute peu, pour ne pas dire pas du tout,\u00a0 de ce qu&rsquo;il vivait.\u00a0 Comme beaucoup d&rsquo;autres il dissimulait ses peurs et ses souffrances afin de ne pas ajouter \u00e0 l&rsquo;angoisse de ceux qui l&rsquo;attendent au pays. De plus il y avait la censure de l&rsquo;arm\u00e9e qui ne d\u00e9sirait pas qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re on en sache trop.<\/p>\n<p>Ces lettres se r\u00e9sument donc le plus souvent \u00e0 des mots simples \u00e9crits \u00e0 la h\u00e2te au cours d&rsquo;un moment de r\u00e9pit car il ne faut pas manquer le passage du vaguemestre.<\/p>\n<p>Alors on griffonne quelques mots au crayon afin de rassurer les parents, la famille et aussi les remercier pour leur colis. Quand on le peut et, qu&rsquo;on en a, on donne aussi des nouvelles des <em>\u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb<\/em> qui servent dans le m\u00eame r\u00e9giment ou dans un r\u00e9giment voisin.<\/p>\n<p>De toutes mani\u00e8res, \u00e0 moins d&rsquo;avoir la chance de trouver de quoi \u00e9crire, il n&rsquo;y a pas beaucoup de place pour en dire plus sur ce petit bout de papier couleur lilas, un mod\u00e8le type de la correspondance des arm\u00e9es de la R\u00e9publique pour les troupes en op\u00e9rations.<\/p>\n<p>Quelques mots qui ne rev\u00eatent aucune importance historique mais ils sont,\u00a0 humainement,\u00a0 attachants.<\/p>\n<p><em>(Les termes entre parenth\u00e8ses et\/ou en italique sont ceux du soldat)<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>Le 27 juillet 1915<\/strong><\/p>\n<p>Le 104e RI auquel\u00a0 appartient ce soldat se trouve \u00e0 Auberive dans la Marne.\u00a0 Lui est\u00a0 toujours dans les tranch\u00e9es de 1\u00e8re ligne mais \u00e0 la veille de la rel\u00e8ve tant attendue. Demain il sera au repos non pas \u00e0 Mourmelon comme les soldats semblent l&rsquo;esp\u00e9rer, mais dans les tranch\u00e9es de seconde ligne qui se trouvent dans un petit bois en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Il nous apprend qu&rsquo;il fait chaud en cette fin juillet 1915 et il demande \u00e0 ses parents de ne plus lui envoyer de pat\u00e9 de viande car les colis se perdent et il doit jeter la pr\u00e9cieuse denr\u00e9e qui aurait am\u00e9lior\u00e9 son ordinaire et sans doute aussi celui de ses compagnons d&rsquo;escouade.<\/p>\n<p><strong>Le 26 septembre 1915<\/strong><\/p>\n<p>Les hommes du 104e RI sont dans un secteur du c\u00f4t\u00e9 de Suippes. Il donne des nouvelles des autres gar\u00e7ons du village et il s&rsquo;inqui\u00e8te de ne plus en avoir <em>du fils Leroy <\/em>et\u00a0 [..<em>il aime \u00e0 croire qu&rsquo;il est toujours bien portant..<\/em>]<\/p>\n<p><em>Mots pudiques qui veulent dire :\u00a0 \u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il est encore en vie\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Quant \u00e0 Lucien Rebot et un autre compagnon du village &#8211; dont je n&rsquo;ai pas pu d\u00e9chiffrer le nom &#8211;\u00a0 ils vont bien<em>. <\/em>Eh bien voil\u00e0 au moins deux familles que ses parents pourront rassurer si d&rsquo;aventure elles n&rsquo;avaient plus eu de nouvelles.<\/p>\n<p><strong>Le 28 septembre 1915<\/strong><\/p>\n<p>Depuis quelques jours il y a des probl\u00e8mes avec le courrier. Notre soldat \u00e9crit qu&rsquo; un compagnon d&rsquo;escouade qui, comme lui, \u00e9crit aux siens tous les jours, lui a dit qu&rsquo;ils ne recevaient plus rien du front.<\/p>\n<p>[<em>..Il doit y avoir des raisons s\u00e9rieuses \u00e0 tout cela..<\/em>] (1)<\/p>\n<p>Et il ajoute que maintenant il ne devront plus s&rsquo;inqui\u00e9ter s&rsquo;ils ne re\u00e7oivent plus de nouvelles quotidiennes.<\/p>\n<p>Le soldat termine sa lettre ainsi :\u00a0 <em>Les boches nous laissent assez tranquilles ; pas autant qu&rsquo;au d\u00e9but mais cependant bien plus que nous ne l&rsquo;aurions fait \u00e0 leur place<\/em>.<\/p>\n<p><strong>2 octobre 1915<\/strong><\/p>\n<p>Sa compagnie se d\u00e9place beaucoup. L\u00e0-bas les parents doivent avoir eu vent de l&rsquo;offensive mais le fils les rassure, il va toujours [.. <em>tr\u00e8s tr\u00e8s bien]<\/em>.<\/p>\n<p>Il les tranquillise [<em>..Je ne suis pas aussi expos\u00e9 comme vous avez l&rsquo;air de le croire surtout aujourd&rsquo;hui. Hier soir le r\u00e9giment est venu prendre un jour de repos..<\/em>]<\/p>\n<p>Et \u00e0 nouveau il donne des nouvelles d&rsquo;un \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb. Almire qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 vu la veille et qui a meilleure mine que lorsqu&rsquo;il l&rsquo;avait vu \u00e0 Perthes.\u00a0 Les parents pourront rassurer sa famille.<\/p>\n<p>Il demande aussi des nouvelles du village de St Germain-de-Coulamer dont il est originaire. L\u00e0-bas ils doivent bien s&rsquo;inqui\u00e9ter de ne plus avoir de nouvelles du front mais le soldat rassure, bient\u00f4t le courrier sera d\u00e9bloqu\u00e9.<\/p>\n<p>Le lendemain 3 octobre, nouvelle missive. Cette fois pour annoncer qu&rsquo;il a enfin des nouvelles de Lucien et Gustave Leroy (deux fr\u00e8res ?).\u00a0 Gustave est bless\u00e9 mais l\u00e9g\u00e8rement. Il est soign\u00e9 \u00e0 Olivet pr\u00e8s de Orl\u00e9ans. Quant \u00e0 Lucien il dit simplement qu&rsquo;il est un peu fatigu\u00e9 mais il ne se plaint pas.<\/p>\n<p>Une fois encore il rassure ses parents et sa soeur tr\u00e8s inquiets s\u00fbrement des \u00e9chos qui leur sont parvenus de la bataille.<\/p>\n<p>[&#8230;<em>Ici \u00e7a va toujours tr\u00e8s bien, surtout tranquillisez-vous ce n&rsquo;est pas si terrible que vous le croyez. Je n&rsquo;ai prit part \u00e0 aucune attaque..<\/em>]<\/p>\n<p><strong>10 novembre 1915<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9giment se trouve toujours dans la Marne mais cette fois il est \u00e0 Chaudefontaine pr\u00e8s de St Menehould.\u00a0 Apparemment tout est calme. Le soldat semble particuli\u00e8rement choy\u00e9 par ses parents qui lui envoie de nombreux colis et surtout, un fortifiant appel\u00e9 Musculosine.<\/p>\n<p>[&#8230;<em>Je vous remercie beaucoup de toutes les bonnes choses que vous m&rsquo;offrez mais je vous assure que je n&rsquo;en ai aucunement besoin. Adressez-moi un colis si vous le voulez mais ne mettez pas de musculosine, ni de biscuits&#8230;Maintenant je n&rsquo;ai gu\u00e8re besoin de fortifiant car le travail que j&rsquo;ai \u00e0 faire ne me tue pas<\/em>&#8230;]<\/p>\n<p><strong>Le 21 novembre (c&rsquo;est la derni\u00e8re lettre en ma possession)<\/strong>,<\/p>\n<p>Sa compagnie est de retour aux tranch\u00e9es.<\/p>\n<p><em>Je viens de recevoir \u00e0 l&rsquo;instant votre lettre du 16 courant, je vous r\u00e9ponds vite la vaguemesgtre doit passer de nouveau vers midi. La compagnie est aux tranch\u00e9es depuis hier soir, mais l\u00e0 encore je ne suis pas mal dans l&rsquo;abri o\u00f9 je loge avec la liaison du lieutenant, on peut faire du feu et vous pouvez croire qu&rsquo;on en use et m\u00eame en abuse. Je ne sais pas comment je vais \u00eatre nourri cette fois. Je vais t\u00e2cher de me d\u00e9brouiller pour ne pas manger \u00e0 l&rsquo;ordinaire et continuer \u00e0 faire popote avec l&rsquo;adjudant et Hozon, mais ce ne sera peut-\u00eatre pas facile, d&rsquo;ailleurs cela n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;importance.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Il s&rsquo;appelait<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Fulbert, Pierre, Joseph BEDOUET<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sergent au 104e R.I. &#8211;\u00a0n\u00e9 le 2 novembre 1894 \u00e0 St Germain-de-Coulamer (Mayenne).\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00e0 Douaumont en novembre 1916 au lendemain de son 22\u00e8me anniversaire.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait le fils du boulanger du village de St Germain-de-Coulamer.<\/p>\n<p>Sa mort ayant fait l&rsquo;objet d&rsquo;un jugement d\u00e9claratif en date du 25 mai 1921, son corps n&rsquo;a sans doute jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9.\u00a0 Il faisait vraisemblablement partie des 4 disparus au cours de la journ\u00e9e du 3 novembre. Ce jour-l\u00e0 le r\u00e9giment eut \u00e0 subir l&rsquo;intense activit\u00e9 de l&rsquo;artillerie ennemie.<\/p>\n<p>Il y eut 56 tu\u00e9s parmi les hommes de troupes, 69 bless\u00e9s et parmi les officiers, 3 tu\u00e9s &#8211; Capitaine Saint Sans (9e), Capitaine Poivrier (11e), sous-Lieutenant Richard(11e)\u00a0 et 3 bless\u00e9s &#8211; Capitaine Trollet, Lieutenant Br\u00e9chu, Lieutenant Durand.<\/p>\n<p>Quant au jeune Almire dont il parle dans sa lettre du 2 octobre 1915, il s&rsquo;agit peut-\u00eatre de <strong>Almire BARBIER <\/strong>tu\u00e9 le 23 mars 1918 au Bois de Fri\u00e8re dans l&rsquo;Aisne. C&rsquo;est en tout cas ce nom qui figure sur le monument aux morts du village de St Germain-de-Coulamer.<\/p>\n<p><strong>Lucien et Gustave LEROY<\/strong> sont peut-\u00eatre, il faut l&rsquo;esp\u00e9rer, sortis sains et sauf de cette guerre.<\/p>\n<hr \/>\n<p>(1) La <em>raison s\u00e9rieuse<\/em>\u00a0\u00e9voqu\u00e9e ici est le d\u00e9but de l&rsquo;offensive de la seconde bataille de Champagne lanc\u00e9e le 25 septembre 1915 et qui avait pour but de rompre la ligne de front allemande depuis Auberive jusqu&rsquo;\u00e0 Ville-sur-Tourbe. Ce fut un \u00e9chec complet. A la date du 29 septembre, date \u00e0 laquelle l&rsquo;attaque fut arr\u00eat\u00e9e, on comptait plus de 120000 hommes hors de combat.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour les soldats la correspondance \u00e9tait capitale car c&rsquo;est ce fil t\u00e9nu qui les reliaient avec l&rsquo;arri\u00e8re et les leurs. 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