La machine infernale

En date du 22 juin le caporal Autin avait écrit «[…] les allemands envoient une torpille roulante qui nous démoli un parapet, personne n’est touché[…] »

Dans le JMO du régiment cette « torpille » est décrite comme « une sorte de machine infernale qui produit un bruit extraordinaire et paraît avoir un effet destructif puissant ».

En effet, les défenses accessoires, le parapet de tir sont gravement endommagés et le blockhaus du T français est décapité.

Mais c’est dans le JMO de la division que l’on obtient le plus de détails sur cet engin et sur ses effets.

A 1h 30 un minnenwefer est lancé sur le T français (tranchée 71-110), causant d’assez sérieux dégâts […] A 14h un rapport du capitaine commandant la Zone D transmis par la 301e Brigade, donne des précisions sur le minnenwerfer lancé cette nuit par les allemands. Le capitaine a cru voir là une machine de guerre non encore aperçue qu’il baptise « Tarasque » et décrit en ces termes :

« C’est un projectile sur roues, muni de griffes qui coupent les fils de fer en les franchissant, elle est poussée de loin ou tirée au moyen d’une corde et d’une poulie attachée préalablement à un point fixe, elle éclate à pied d’oeuvre »

Le général de Brigade ajoute qu’il ne croit pas qu’un tel engin s’il existe puisse être manoeuvré par des moyens aussi rudimentaires que ceux décrits, il supposerait plutôt qu’il utilise la force d’expansion de l’air comprimé.

Cet engin a produit cette nuit une explosion formidable entraînant l’éboulement d’une partie des parapets de T français (partie N et partie O)

Ferme de Beauséjour (1er février 1916)

Carte-photo écrite le 10 avril 1916. Peut-être par un des soldats qui figurent sur la photo

Mon cher Lucien,

Je te remercie pour ta derniere lettre. Puisse le temps etre favorable à la poussée des asperges afin que pour Pâques tu puisses en parfumer l’omelette
Embrasse bien Marthe et Lili et continues toujours à faire des progrès à l’école.
Bien à toi,

André


Je profite de la question posée par un de mes visiteurs pour passer l’information à tous :

Le site de la Ferme de Beauséjour est aujourd’hui intégré dans le camp militaire de Suippes dont l’accès est habituellement interdit. Mais tous les deux ans une visite des sites disparus est organisée par les autorités militaires du camp.

La dernière visite ayant eu lieu à l’occasion du 11 novembre 2008, la prochaine est, en principe, prévue pour 2010.

Mais vous pourrez obtenir plus de renseignements auprès des responsables à cette adresse :

Contact / Camp de Suippes :

Officier supérieur adjoint
du Centre d’Entraînement des Brigades
51400 MOURMELON LE GRAND

Tél. 03 26 63 71 01


 

Quelques jours en juin…

On n’arrêtera pas de le lire dans les pages du JMO et de le transcrire dans celles de ce blog: la vie des gars du 403e engagés sur le front de la Somme en 1915 est encore et toujours ponctuée par les explosions de mines, les bombardements sporadiques, le tout entrecoupé de quelques moments ou journées d’accalmie.

Extraits du JMO :

9 Juin

Journée calme, quoique les tirs de canon de 58 et les obusiers Aaseu provoquent d’une manière presque régulière des tirs de l’artillerie allemande.

A 21 h 45 le génie fait exploser une mine au N.O. Du D Français et au S.E. De l’entonnoir n°1. Nos troupes occupent la lèvre Sud de l’entonnoir et s’y organisent malgré un feu de mousqueterie assez intense de la part des Allemands.

11 Juin

A 2h35 le Génie fait exploser une mine au Nord de l’angle Est du D Français. L’entonnoir produit à l’Est de l’entonnoir n°2 semble avoir la forme d’un oeuf ;il paraît mesurer 40 mètres environ du côté Est au bord Ouest ; son diamètre semble être de 25 mètres sur l’autre face.

Nos troupes ont occupé la lèvre Sud de l’entonnoir et tiennent l’ennemi en respect par un feu de mousqueterie assez intense.

18 Juin

A 7h45, explosion d’une mine Française au Bois François. L’explosion a été très violente et des projections de terre ont atteint le Poste de commandement du Capitaine Tartrat, commandant la zone E. Le capitaine Tartrat a été contusionné. Notre Artillerie exécute un tir de barrage. L’artillerie Allemande riposte. Le calme renait et subsiste pendant la fin de la journée.

19 Juin

Matinée calme.

A 14h30, les Allemands lancent des bombes, des saucissons et des grenades sur la zone E : le parapet de tir est sur certains points, un peu endommagé. L’infanterie ennemie exécute un feu violent, mais n’attaque pas. Notre Infanterie y répond, le 75 exécute un tir de barrage.

20 Juin

A 9h10, le Génie fait exploser une mine à la limite des zones E et D vers G5. Tir de barrage. Riposte allemande : grenades, saucissons jusqu’à 10 heures.

Nous occupons notre tranchée Garibaldi après essai d’occupation de la lèvre Sud. Le Lieutenant Taillebot de 7e Cie qui, résolument s’était porté en avant avec une ½ section, pour occuper la lèvre Sud de l’entonnoir est grièvement blessé.

Les Allemands occupent la lèvre Nord du nouvel entonnoir.

A 10 heures, tir de 58 qui provoque une nouvelle riposte allemande et une tentative de leur part pour occuper la lèvre Sud ; ils sont arrêtés par notre tir et celui du 75.

21 Juin

Dans la matinée, des avions allemands survolent nos lignes et semblent régler les tirs de l’artillerie allemande sur les batteries placées en arrière de nos lignes. Le Régiment a la douleur d’apprendre la mort du Lieutenant Taillebot décédé des suites de ses blessures à l’Ambulance d’Etinehem où il avait été transporté le 20 Juin.

22 Juin

A 1h30, les Allemands lancent sur nos lignes, groupe Ouest au T Français, une sorte de machine infernale qui produit un bruit extraordinaire et paraît avoir un effet destructif puissant. Nos défenses accessoires, notre parapet de tir, sont sur ce point, assez gravement endommagés. Le blockhaus du T Français est décapité.

Les pertes du Régiment pendant le mois de juin s’élèvent à : 1 officier, 2 sous-officiers, 11 caporaux et 121 soldats blessés – 4 sous-officiers, 1 caporal et 35 soldats tués – 1 soldat disparu.

Le 28 Juin, le Régiment recevait un renfort de 50 hommes fourni par le dépôt du 74e d’Infanterie.

A la même époque dans son carnet le caporal Autin note : (*)

7 juin
Reçu une lettre de ma femme, tout trois vont bien à la maison, mes camarades sont prisonniers.

Toute la nuit à gauche et à droite de notre secteur, violent bombardement d’artillerie- à 7h lancement de saucisses par les Allemands; résultat deux blessés dans ma section, 3 tombent à quelques mètres des cuisines mais personne n’est atteint, le soir alerte sans résultat.

 

8 juin

7h au soir, un 98 autrichien ( ?) employé par les Allemands, tombe à 10 m de ma cuisine, le déplacement d’air me soulève de ma chaise alors que je suis en train d’écrire à ma femme, personne n’est atteint.

 

9 juin

8h ½ nous faisons sauter une mine et assistons à un magnifique feu d’artifice. Les 75 et 77 s’entrecroissent, la fusillade est bien nourrie, les torpilles tombent dru et nous réussissons à n’avoir aucune perte.

 

10 juin

La mine d’hier soir a fait une victime parmi mes connaissances. En prenant l’entonnoir la 7ème compagnie a eu 7 blessés, 2 tués-1 h du soir la 6ème compagnie à 6 blessés par un saucisson.

 

18 juin

7h nous faisons sauter une mine au bois français ; cette mine allume une allemande, résultat, l’ennemi tient l’entonnoir ½ section amochée.

 

19 juin

Une salve fait tomber le parapet nous séparant des allemands, nos partons. 11h nous conservons la tranchée malgré un fort bombardement.

 

20 juin

Nous faisons sauter une nouvelle mine, elle fait un entonnoir de 28 mètres de long pour lequel Allemands et Français entrent en lutte ; une vingtaine de blessés ou tués de part et d’autre. Résultat : chacun à cause du terrible bombardement est obligé de rester à chacun……..placer la mine étant intenable.

 

22 juin

Cette nuit bombardement de nos tranchées. Nous avons 3 [(blessés ? tués ?)], les allemands envoient une torpille roulante qui nous démoli un parapet, personne n’est touché-Bray a été de nouveau bombardé par les avions, nous avons un tué et plusieurs blessés[…]

(*) C’est ici que nous quittons le caporal Autin. Informé d’une possible offensive du côté d’Arras il clôturera son carnet le 27 juin et réussira à le faire parvenir à l’arrière. Il sera tué moins de trois semaines plus tard lors du coup de main du 19 juillet.