Maquis du Bourlet 02/09/2017

Chaque année à même époque, les membres de la Fraternelle de la résistance Beauraing-Gedinne, et leurs sympathisants, se retrouvent pour l’hommage aux combattants du maquis du Bourlet. L’émotion était particulière cette année car notre chère présidente « Blanchette », l’âme de notre fraternelle, nous avait quittés le 1er juin dernier ; mais nous sentions sa présence bienveillante à nos côtés.

Comme de coutume c’est aux portes de l’ancien site militaire de Baronville, qui porte désormais le nom de « Quartier Lieutenant Louis Tholomé », que débute cette matinée commémorative.

Nous prenons ensuite la route vers le cimetière de Vonêche pour nous incliner sur la tombe de la famille du Baron d’Huart, famille qui a abrité le maquis dans son domaine au bois du Bourlet…

…avant d’aller nous recueillir sur la tombe où repose notre chère Blanchette et sur laquelle sa petite-fille ainsi que le bourgmestre de Beauraing ont déposé les gerbes.

Moment d’émotion lorsque tous les drapeaux s’inclinent en hommage à cette grande Dame et au son de la Brabançonne.

C’est ensuite devant le monument aux morts de Vonêche que nous nous arrêtons en instant pour honorer les braves de la commune….

…avant de nous retrouver devant la plaque en hommage à Léon Parent, fusillé au fort d’Edegem (Anvers) le 8 décembre 1942 à l’âge de 19 ans…

…puis à l’église de Vonêche pour un office religieux à la mémoire de ceux qui ont lutté et ont donné leur vie pour notre liberté :

Auguste PIERARD – 2e Carabiniers – 26-08-1914
Arthur REMACLE – 2e Grenadiers – 24-10-1914
Louis HANNEUSE – 4e de Ligne – 31-10-1918

Léon PARENT – fusillé à Anvers le 08-12-1915
Jules MOUTON – déporté et décédé à Witten le 27-02-1917
Jules, Victor DEFRÊNE – Tué à Chavignon (Aisne) le 05-06-1940

Les résistants du maquis du Bourlet :

Louis THOLOMÉ – tué le 05-09-1943 au combat de Vonêche
Félix STEIVER – tué le 05-09-1943 au combat de Vonêche
Victor POCHET – décédé en 1945 à Flossenbürg
Fernand DEVILLE – fusillé à Charleroi le 19-11-1943
Norbert SANDRON – abattu à Vresse en mai 1944
Victor MAGNIER – décédé le 15-01-19145 à Reutlingen

…et enfin au bois du Bourlet devant la stèle élevée à la mémoire sur les lieux même où le Lt Louis Tholomé et Félix Steiver ont donné leur vie pour protéger la fuite de leurs camarades.

La journée s’est terminée, comme de coutume, au « Pâchy » à Pondrôme dans une ambiance qui fit honneur à l’esprit et à l’humour de nos anciens de la fraternelle.

Très à l’écoute de l’émouvant discours en souvenir de Blanchette (prononcé par notre secrétaire Catherine Jaspart), notre nouveau président, Georges Colaux, qui a accepté de prendre la lourde succession de Blanchette.

Blanche Pochet dite « Blanchette »

Il m’est enfin donné de lui rendre hommage….

C’est une très grande Dame qui nous a quittés le 1er juin dernier à l’âge de 96 ans. Elle faisait partie de ceux qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, n’ont jamais courbé l’échine. Ces combattantes et combattants de l’ombre dont le nom n’est connu que de ceux qui les ont côtoyé.

Pour nous qui avons eu l’honneur de la connaître, c’était l’exemple même du courage, de la ténacité et jusqu’au bout elle fut la vaillante présidente de notre « Fraternelle de la Résistance Beauraing-Gedinne ». Tant que sa santé le lui a permis, elle a été de tous les combats, de toutes les commémorations et de tous les voyages en pays de mémoire.

A nous, les descendants de ses compagnons de résistance, ainsi qu’à bien d’autres qui, grâce à elle, sont venus grossir nos rangs, elle a transmis le sens des mots « devoir de mémoire ».

Cependant, qui mieux que notre ami José aurait pu la décrire…

« Ami,
Mesures-tu combien grande est la perte qui nous peine ?
Comprends-tu l’amertume de nos coeurs tous en berne ?
Car vois-tu, c’est une pépite de cristal pur qui aujourd’hui nous quitte pour son enciellement, s’en allant aussitôt se ficher là-haut, dans les prairies d’étoiles où elle brille désormais de son éclat particulier.

Nous avons perdu notre Edith Piaf à nous, à la différence toutefois que si la vraie, la môme avait une prédilection pour le noir, la nôtre, du fait de son prénom, devait quelque peu s’en démarquer.

Elle savait porter beau, elle avait l’élégance, la distinction innées, justes reflets d’une âme trempée. Vous étiez belle, Madame, grande, émouvante et forte ; vous représentiez la Résistance, dans ce qu’elle a de plus élevé, de plus noble, de plus vaste. Votre discours avait le pouvoir de suspendre le temps, aussi bien par la teneur de vos propos, que par la conviction avec laquelle vous les exprimiez.

Une voix ô combien autorisée s’est tue, le verbe ne sera plus jamais aussi convaincant. Car, bon Dieu, quelle énergie dans ce petit bout de femme charpentée de volonté. Quelle détermination, quelle faculté d’indignation, quelle force de persuasion, capable de faire fléchir les plus irréductibles.

Tout cela s’enracine dans une éducation au patriotisme le plus ardent avec, à l’avant-plan, de grandes figures comme Léon Parent, héros Vonêchois ou encore le caporal Trésignies, Gabrielle Petit. Cela se prolonge dans l’engagement personnel, les femmes aussi sont nombreuses à être entrées en résistance. Ça commence par des galettes et des pommes à destination des prisonniers en bord de route au nez et à la barbe des gardes farouches.

La famille Pochet ouvre ses portes aux patriotes et la maison regorge souvent de monde avant d’être un jour cernée par les Allemands ; le papa est fait prisonnier, il mourra en 1945 à Flossenbürg. Entre-temps, le maquis s’organise. Chargée de mission, Blanchette effectue le transport de plis et de renseignements de Vonêche au maquis de Graide. Elle relève les mouvements des trains et de voitures qui transitent par le village. Si, ce n’est pas tout à fait la bicyclette bleue, c’est un peu du pareil au même. Sur la route de Haut-Fays-Gribelle, après le pont du chemin de fer, elle dévale feignant de ne pas obtempérer à un Halt ! énergique, l’expliquant par des freins kaput, ce qui aura l’heur de dérider la vingtaine d’Allemands en embuscade. Du caractère, de l’audace, du tempérament à vous laisser pantois.

Si, comme l’écrit Marguerite Yourcenar, la mort est l’enfantement d’une âme, celle de Blanchette entre aussitôt dans la gloire lumineuse des passeurs de mémoire. Elle retrouve aujourd’hui dans ce cimetière de Vonêche tous ceux pour lesquels tant de fois, elle a fait s’incliner les drapeaux. Dorénavant, ceux-ci frissonneront d’une émotion supplémentaire.

Ami, si d’aventure, tes pas te guident vers le site du camp du Bourlet, sache que tu te trouves dans un haut lieu de mémoire où non seulement souffle l’esprit, mais où est inscrite à jamais une voix, dans l’écorce des arbres, dans le limbe des feuilles, dans les aiguilles des sapins. Fais silence, tends l’oreille et écoute….I faut qu’ça aille ! Vive la Belgique libre et unie !

(Texte écrit et lu par notre ami José Bastin lors de l’enterrement de Blanchette le 7 juin 2017)

Blanchette, nous ne t’oublierons jamais !

Commémoration 2017 en la nécropole de Belle-Motte

Ce 21 août 2017, il y a 103 ans que débutait la bataille de la Sambre. Elle fit des milliers de morts parmi les soldats français venus nous porter main forte.

Chaque année, depuis 1919, le Comité Royal du Souvenir de Le Roux rend hommage au sacrifice de ces soldats. Le point d’orgue étant la cérémonie du souvenir organisée en la nécropole française de Belle-Motte. Elle s’est tenue ce dimanche 20 août 2017.

4057 soldats venus de plusieurs régions de France et, notamment, de Bretagne et Normandie ainsi que d’Afrique du Nord reposent dans cette nécropole.

Comme chaque année, un nombreux public avait répondu présent.

La cérémonie est ouverte par l’émouvante chanson « Souvenez-vous » (Pierre Bachelet) suivie du levé des couleurs. 

Pendant que retentit la cloche qui appelle au souvenir des morts, les parrains et marraines sont appelés à fleurir la tombe de leur soldat…

…tandis que la jeune génération des passeurs de mémoire fleurit l’urne qui contient de la terre de Verdun.

Représentants français (dont le maire d’un village du Cotentin) et descendants de soldats se recueillent devant un des deux ossuaires où ils viennent de déposer des gerbes.

1395 soldats français inconnus reposent dans cet ossuaire.

Après la cérémonie, les officiels remercient les fidèles porte-drapeaux. Parmi eux, les commémorations étant sous le signe de la mémoire partagée, Mme Kirmse qui représentait de la République d’Allemagne.

Mes « filleuls »

Marius, Louis,Eugène GUILLEMETTE du 74e Régiment d’Infanterie. Né au Havre.Il allait avoir 26 ans.

Louis GOHIER du 119e Régiment d’Infanterie. Né à Caen, il venait d’avoir 20 ans.

Marcel, Antonin GUILLAUME. Né à Rouen. Il venait d’avoir 36 ans.

Créé en mars 1915, le 403e R.I n’a jamais combattu en Belgique. Mais Marcel Guillaume avait été fait prisonnier et il est décédé à Andenne le 20 novembre 1918. Il est l’un des deux seuls soldats connus du 403e inhumés en Belgique. L’autre soldat est Jean, Léon ROQUES, prisonnier de guerre lui aussi et dcd des suites de ses blessures le 13 novembre 1918 à Couthuin (Province de Liège) à l’âge de 22 ans. Il repose en la nécropole française de Chastre (Brabant Wallon).

Nous ne les oublierons pas