Robert, Louis, DADAT

Né à Paris en 189, venu du 154e R.I, ce soldat servait au 410e R.I quand il a disparu aux combats de Ville-sur-Tourbe (Marne) le 25 septembre 1915. Il venait tout juste d’avoir 20 ans. Et pour son courage lors du coup de main du 19 juillet 1915 sur la cote 110 à Fricourt (Somme) il avait été cité à l’ordre de la Division en ces termes :

« Agent de liaison lors du bombardement du 19, a transmis sous un feu violent qui avait détruit les communications téléphoniques, les ordres de l’arrière aux factions restées en 1ère ligne se sont acquittés de leur mission avec intelligence et sang-froid l’affaire du Bois français. »

A noter qu’il s’agit, pour partie, d’une citation collective ce qui explique le pluriel employé à la fin de celle-ci.

L’autre soldat cité est ANEAU Georges, Lucien également du 410e.

Georges, Lucien ANEAU

Téléphoniste au sein du 410e, il a été cité en même temps que son compagnon Robert Dadat pour le courage dont il a fait preuve lors du coup de main du 19 juillet 1915 sur la cote 110 à Fricourt.

« Téléphoniste, au plus fort de l’action pendant l’opération du 19 juillet 1915 et sous un violent bombardement, est allé réparer les lignes fréquemment coupées (citation collective) »

Il a survécu à la guerre et a été décoré de la Croix de guerre.

Maurice ROYER – 57e B.C.P

Il y a quelques temps j’ai récupéré quelques cartes illustrées écrites par un soldat et des membres de sa famille, souvenirs émouvants quand on sait qu’il a été, peu de temps après, tué au combat. (1)

Originaire de l’Yonne, il était né et habitait Ancy-le-Franc.  Comme tous ses compagnons du front, il profitait d’un moment de repos ou de calme pour écrire quelques mots à sa famille. Principalement pour les rassurer, taisant les dangers auquels il avait à faire face, mais parfois aussi pour leur demander de petits services. C’est le cas de la première de ses cartes. Elle date du 2 février 1915, elle est adressée à son épouse. A ce moment son régiment, le 57e Bataillon de Chasseurs à Pied, est dans la région de Souchez. Le JMO m’apprend qu’il est alors au cantonnement à Aubigny-en-Artois.

2 février 1915

Ma petite femme chérie

J’ai reçu ta lettre du 28 janvier hier aussi comme tu me dis que tu vas aller à Paris je te met deux mots a la hâte en arrivant fait repasser les lames de mon rasoir avant de me l’envoyer, je viens d’écrire à Jean et à ma tante Je termine en vous embrassant tous de tout coeur. Ton petit homme qui t’aime

La suivante est datée du  8 février. En plus des mots très affectueux, il rassure son épouse en précisant qu’il est toujours en « bonne santé ». Il espère qu’il en est de même pour tous ceux de la famille.

Le 15 février il est en passe de remonter au front mais il prend le temps d’écrire ces quelques mots :

15 février 1915

Affectueux baisers a tous. J’ai reçu une lettre de Georges et 2 cartes d’Anna. Ce soir je vous écrirai plus longuement, a mon retour des tranchées nous partons à midi.

Comme le précise le JMO, son bataillon est affecté au service de garde dans le secteur de Souchez.  Gardes et repos se succèdent et la carte suivante datée du 4 mars, le bataillon a prit le départ pour remonter en ligne à midi 30. C’est donc depuis les tranchées qu’il écrit des mots rassurants. Il précise qu’il a bien reçu sa lettre et promet d’écrire longuement le lendemain car « ce soir j’ai sommeil » dit-il.

C’est la dernière carte de Maurice en ma possession. Les autres émanent de sa famille, elles sont également adressées à son épouse qui n’a plus du tout de nouvelles de lui. Une cousine lui en apporte le 7 mars et cette car m’apprend que ce soldat est papa d’une petite fille.

7 mars 1915

Chère cousine

Tous ces jours-ci j’ai reçu des nouvelles d’Edmond 28 – 1er – 2 et ce matin 3 il me dit « nous sommes toujours dans notre café ce soir j’écris avec Maurice donc je pense chère cousine que vous aurez aussi une lettre du 3 comme moi vous comprenez qu’il doit vous écrire et peut-être vos lettres qui sont égarées ne vous tourmentez pas ainsi.

Ecrivez moi si vous avez reçu quelque chose

Bons baisers à tous ainsi qu’à votre petite Madeleine.

Henriette

Le 22 mars la même cousine lui écrit

Chère Cousine

J’ai reçu une carte d’Edmond ce matin datée du 16 ils étaient toujours à Aubigny Je ne crois pas que Maurice soit malade il me le dirait il me dit au contraire qu’ils se donnent du courage l’un l’autre ne vous tourmentez pas ainsi chère cousine peut-être que vous aurez une longue lettre aujourd’hui j’écris à Edmond ainsi je lui dis ce que vous me dites Amitiés et bons baisers à tous sans oublier votre petit mignonne

Henriette

Pour la rassurer elle lui envoie une autre carte le jour suivant.

Chère Cousine

Tous ces jours-ci j’ai reçu des nouvelles du 15-16-17 et 18 ils sont en bonnes santé j’espère chère cousine que vous en avez aussi sinon ne vous tourmentez pas, demain j’espère allez Argenteuil je vais en profiter pendant qye la soeur est encore près de moi Bons baisers et amitiés à tous de notre part

Henriette

Il y a une autre carte, dont je n’ai pu déchiffrer la date, écrite par une certaine Marthe et adressée à Anna. Cette dernière est la personne dont parle le soldat dans son envoi du 7 mars.

Ma chère Anna,

je viens d’écrire à Maurice, je me demande s’il recevra enfin cette lettre-là ; moi je ne reçois plus rien de lui aussi avais-je été très tourmentée un moment ; heureusement que mama m’a donné de bonne nouvelles de lui. Il paraît que Melle Madeleine devient polisonne de plus en plus ; j’ai écrit cela à son père et je luis dis qu’il faudra qu’il donne de bonnes fessées à sa fille quand il reviendra. Vos santés sont-elles bonnes à tous ?

La suite de la carte ne parle plus du soldat mais elle est intéressante car elle parle d’un chirurgien opérant à Verdun

Vous direz à Maman que nous devons avoir bientôt la visite d’Albert Lallement ; il m’a écrit une carte hier. Les soldats sont-ils arrivés à Ancy ? Je suis allée hier chez une amie et est arrivée une dame fort bien que je connaissais déjà, la mère d’un célèbre chirurgien qui refait les figures de nos pauvres soldats mutilés ; il fait des merveilles, je vous raconterai cela à Pâques il est entrain de fonder un hopital de 600 lits, c’est Savariand qui le remplace à Verdun […]

Cette carte m’apprends également qu’il y avait un hôpital auxiliaire à Ancy-le-Franc. Il s’agissait de l’hôpital auxiliaire 29.

Malheureusement pour sa famille, Maurice Royer a été grièvement blessé le 9 mai suivant et est décédé des suites de ses blessures le lendemain à l’ambulance 5/38 de Villers Chatel (Pas-de-Calais).  Par le JMO j’apprends qu’il a d’abord été inhumé dans le cimetière provisoire de Villers Chatel.

Maurice, Denis, Emile ROYER

Caporal à la 8e cie du 57e Régiment de Chasseurs à Pied (2)

Né le 26 avril 1888 à Ancy-le-Franc (Yonne)

Dcd des suites de ses blessures de guerre le 10 mai 1915 à Villers-Chatel (Pas de Calais)

 

Une autres de mes cartes faisait partie d’une série écrite par un autre membre de la famille. Son récit devant être assez long, il a été écrit sur au moins trois cartes dont je ne possède qu’un exemplaire. Même incomplet, le texte nous éclaire un peu.  Il évoque notamment des blessés arrivés dans une ambulance. Je présume qu’il s’agit de celle d’Ancy-le-Franc. Elle m’informe également que la personne qui l’écrit travaille dans cette ambulance et tout porte à croire qu’il s’agit d’une bénévole. Le début évoque également quelque chose qui se passe en Allemagne. Quoi ? Mystère !

[…que quelque chose d’inespéré se passe en Allemagne. Vous me dites que 19 blessés sont arrivés à l’ambulance et comment Thierry va faire pour les nourrir, mais vous ignorez sans doute qu’il touche pour chaque soldat 1,80fr et sur la quantité d’hommes on pourrait leur servir des mets plus consistants, j’ai eu des nouvelles par Alphonse, Saïd, Charles et Albert et de tous ceux qui ne peuvent écrire, la soeur d’Albert est-elle venue le voir chez qui est-elle en Décembre ? Malgré l’erreur de n° j’ai reçu la carte de Melle ……, je voudrais bien savoir comment va mon petit Mathurin ? Y-a-t-il de nouvelles infirmières pour tous ces blessés, quant à moi je ne peux penser à rentrer reprendre mon service à l’ambulance, maintenant car je me sens bien fatiguée de ce rhume et en plus des douleurs dans le dos qui m’on fait redouter les douleurs intercostales et puis je m’inquiète pour Marthe car ses rhumes!…]

Et enfin une dernière carte envoyée par une tante de la famille m’informe que Georges, dont le soldat parle dans sa première missive, a été blessé. Il est hospitalisé à ambulance 3/8 dans le secteur 7.

Une des cartes envoyées par Maurice à son épouse


 

(1) En ce qui concerne la lecture de ces cartes il faut comprendre qu’elle ne comportent que peu ou pas de ponctuation et les textes sont généralement écris en continu. Pour rappel il n’a été, par respect envers ceux qui les ont écrites, procédé a aucune correction orthographique ou autre.

(2) Sur sa fiche de décès il est erronément signalé comme appartenant au 57e Bataillon de Chasseurs Alpins.